Vététistes recherchent terrain
L’émotion était palpable parmi la cinquantaine de jeunes vététistes - peut-être davantage - venus rouler une dernière fois dans le bois du Corbeau (Limelette) le 3 octobre, avant de remettre le site en état, à la demande de la Ville et de la SA « Jardins de la Balbrière » propriétaire des lieux.
« N’y a-t-il vraiment pas moyen de conserver cette activité ici ? », interrogeait Elise, un bébé dans les bras. « Ils ont sauvé des dizaines de gamins du covid. Des gamins qui n’auraient sinon rien fait de leurs journées », constatait un voisin. « Ils ont retiré les déchets métalliques trouvés dans le bois », ajoutait un autre.
« J’ai le cœur qui saigne », a répondu l’échevin de l’Environnement Cedric du Monceau, sur place pour féliciter les jeunes de leur collaboration constructive, preuve d’une grande maturité. « J’adore ce que vous avez fait. Je pratique parfois le ski hors-piste, je sais l’adrénaline que ça procure de sortir des limites. Mais nous n’avons pas le choix. Nous sommes sur une ancienne décharge, 300.000m³ de déchets recouverts d’argile, où la végétation a repris ses droits. Pour réaliser les bosses et tremplins, vous avez modifié le relief du sol, c’est une infraction urbanistique pour le DNF wallon qui protège la nature et la santé humaine. L’infraction doit être levée afin que la Ville puisse reprendre le bois. »
Les vététistes ont reconnu la chance qu’ils ont eue de pouvoir pratiquer leur sport dans ce lieu idyllique à première vue, pendant plus de 10 ans. La chance aussi que la Ville et le propriétaire aient opté pour la négociation douce plutôt qu’une mise à l’écart par la force.
« Nous sommes tous venus, pour remettre le site en état. Nous allons le faire ensemble. Et dans quelques années, nous aurons un magnifique projet en Brabant wallon », a partagé, en larmes, le représentant des vététistes Jonas Demuylder.
Site public ou privé
Plusieurs terrains de VTT ont été fermés : le bois du Berlaymont à Waterloo, le « Sterbike Trails » de Sterrebeek, Grimbergen… aujourd’hui, Limelette. Les vététistes se disent frustrés : où peuvent-ils pratiquer leur sport en toute légalité ?
Les pistes s’étendaient sur 5000m² au bois du Corbeau mais il y aurait déjà moyen d’aménager un chouette circuit sur 1000m².
« Quand j’ai commencé, nous étions dix à Limelette. Aujourd’hui nous sommes une centaine, du débutant (sur une petite boucle, de petites buttes et de petits virages) au top wallon (sur des buttes qui permettent des sauts de plus en plus hauts). Les parents viennent avec leurs enfants, c’est une activité calme, sans moteur, qui amène de l’interaction sociale », décrit Jonas. « Idéalement il nous faudrait un terrain avec une faible pente pour le drainage de l’eau, et un peu de relief pour pouvoir jouer. »
L’échevin de l’Environnement a sollicité le bourgmestre de Mont-Saint-Guibert, mais les vététistes expliquent qu’une sablière n’est pas le terrain dont ils rêvent, il faut une terre modulable qui durcit. Le représentant de la SA « Jardins de la Balbrière » Michaël Daco a peut-être l’idée d’un site, il faudra vérifier. Il a été impressionné par la résilience de la belle communauté des vététistes.
Jonas Demuylder et ses acolytes envisagent de créer une ASBL, ce qui devrait les aider dans leurs recherches.
Le Limelettois Mathieu Telteu pratique le VTT depuis l’enfance. « Je fréquentais l’école Saint-Pie X, j’ai toujours su ce qui se passait dans le bois. J’ai été bien accueilli, ils m’ont appris à rouler, j’avais 12 ans. Progressivement j’ai pris du niveau, de la vitesse. Il y a tous les âges, tout le monde s’entraide, est bienveillant, toujours avec le sourire. C’est entretenu, propre, on respecte la nature. »
Sablière devenue décharge
Aux jeunes qui ne la connaissait pas, Cedric du Monceau et Michaël Daco ont rappelé l’histoire du site : la sablière exploitée de 1969 à 1981, la décharge sauvage ensuite… devenue décharge autorisée de classe III, l’achat par la SA « Jardins de la Balbrière » en 2016 pour le développement d’un quartier résidentiel (après assainissement des parcelles) confié à la société REIM. Le bois voisin du quartier, lui, n’a pas été dépollué.
Les vététistes ont profité du beau soleil du 3 octobre pour rouler encore sur leurs pistes, avant de s’organiser pour démonter les infrastructures et évacuer les déchets dans trois containers mis à disposition par la Ville (bois, inertes, encombrants). Le travail s’est poursuivi le lendemain pour aplatir les bosses, à l’aide d’une pelleteuse mise à disposition par les Jardins de la Balbrière. Jonas Demuylder allait le terminer dans la matinée du 5 octobre.
« Nous laisserons quelques tas de cailloux pour les salamandres et autres animaux qui aimeront s’y trouver. »
La Ville va maintenant mettre tout en œuvre pour obtenir rapidement le retour du DNF concernant la levée de l'infraction, qui permettra la reprise du bois.
(MCD – 6/10/26)