Des légumes bio pour servir la recherche
Affichage pour les mal voyants

Apprendre - 12.06.2019 - Marie-Claire Dufrêne

La ferme de Lauzelle permet aux étudiants de l’UCLouvain d’imaginer et tester l’agriculture de demain, les mains dans la terre. Les maraîchers professionnels sont intéressés par les résultats de leurs recherches.


Le petit maraîchage en agriculture bio est un concept à la mode. Beaucoup se lancent, peu résistent. La (dure) réalité économique fait déchanter les rêveurs.

« Il faut des business plans. Et cesser d’imaginer qu’on va nourrir tout Bruxelles avec 200ha de maraîchage ! »

Le doyen de la faculté des bioingénieurs de l’UCLouvain Philippe Baret se réjouit de la création de la première ferme universitaire consacrée à la recherche scientifique de terrain sur le maraîchage bio. Le projet est né il y a 2 ans, sur le site de la ferme de Lauzelle. Ancienne ferme de l’abbaye d’Affligem, construite en 1100, elle a été rachetée par l’Université en 1968 et exploitée par Nicolas Braibant jusqu’il y a 7 ans.

« L’UCLouvain a décidé de la reprendre pour en faire un lieu d’enseignement, de recherche et de service à la société. Pour permettre de comprendre les performances et les contraintes d’une ferme en maraîchage bio. Pour faire des expériences sur les plantes et le sol, étudier l’impact sur le climat, la pollution des eaux, la viabilité économique… Pour générer des données qui permettront de développer de nouveaux modèles agricoles pour demain. »

Les universitaires se sont entourés de maraîchers professionnels, d’agriculteurs, de représentants du secteur public… – une centaine de personnes, dans le réseau – qu’ils consultent régulièrement, pour connaître leurs attentes et difficultés, échanger les connaissances, réfléchir aux modèles possibles (l’auto-cueillette, est-ce rentable ? quelles techniques mettre en place pour gagner en temps ?)… trouver ensemble des solutions.

Légumes et petits fruits

La ferme maraîchère de l’UCLouvain s’étend sur 3ha. Une soixantaine de légumes y sont cultivés, sur 42 ares, ainsi que des fleurs comestibles, des plantes aromatiques et - depuis cet hiver - des petits fruits (groseilles, framboises, sureau… bientôt le goji, pour ses baies aux vertus réputées exceptionnelles). Le fumier est fourni par les 30 vaches limousines que l’UCLouvain a achetées au début de cette année, pour sa ferme de Mont-Saint-Guibert.

« Notre objectif est de doubler la surface du maraîchage, de développer 1ha de verger et d’intégrer le petit élevage », annonce Adrien Dockx, l’agronome responsable du projet de Lauzelle. « Pour être crédibles auprès des professionnels, nous avons démarré dans les mêmes conditions qu’un agriculteur qui se lance. Nous avons réfléchi à la disposition des cultures et des haies, récupéré un vieux tracteur des années 80, fabriqué ou racheté du matériel que nous avons rafistolé avec l’aide de notre mécanicien agricole. »

La ferme tourne avec un maraîcher à mi-temps (Luc Vandersteen, maraîcher l’autre mi-temps dans la région de Nivelles) et 9 jobistes étudiants de l’UCLouvain.

« Cette forte densité de main-d’œuvre nous avantage, par rapport aux maraîchers professionnels, qui ne se rémunèrent parfois pas eux-mêmes », constate Philippe Baret. « Malgré cela, notre production hebdomadaire ne dépasse pas l’équivalent de 50 petits paniers diversifiés d’1,5 à 3kg pour des familles de 2 à 3 personnes. Il ne faut pas imaginer qu’on va nourrir l’ensemble de la ville ! »

La production est écoulée dans les restaurants de l’Université, son épicerie solidaire et sa banque alimentaire : pas de concurrence avec les maraîchers de la région.

La certification bio est attendue pour le 7 juillet prochain.

« Nous avons les mêmes contrôles que les maraîchers professionnels, nous nous devons d’être exemplaires. »

Une exemplarité qui a un coût. Ainsi l’équipe a fait le choix de ne pas utiliser de tunnels en plastique. Elle explore d’autres pistes : des serres en verre, pourquoi pas, AGC Glass Europe est basée juste à côté !

« Le fait que nous n’ayons pas de serres nous fait perdre de l’ordre de 10.000€/an (pas de légumes primeurs, moins de variétés…). Sur un budget total de 25.000€, c’est près de la moitié », reconnaît Philippe Baret. « Mais le plastique doit disparaître ! »

Recherches dans toutes les disciplines

Les visiteurs sont les bienvenus sur le site, mais pas pour des conseils en jardinage, ni du diagnostic de maladies ! Ils découvriront les recherches en cours, dont celle de la doctorante bruxelloise Céline Chevalier, sur les associations de cultures (les interactions entre les carottes et les oignons, entre autres). Une dizaine de maraîchers sont particulièrement intéressés par les résultats de ses recherches, soutenues par le FNRS.

Une autre recherche concerne la qualité nutritionnelle des jus de légumes. Betteraves, carottes et épinards sont cultivés à Lauzelle avant d’être analysés dans les laboratoires de la faculté des Sciences de la motricité.

« Des étudiants de Gembloux sont venus faire leurs expériences d’irrigation ici, l’an passé », se souvient Adrien Dockx. « On accueille des jeunes pour des recherches dans toutes les disciplines, aussi la psychologie, l’anthropologie et la communication ! »

Les bâtiments de la ferme abritent les bureaux de l’équipe, qui rêve d’y installer des structures de transformation : jus de légumes, soupes, expérimentations brassicoles… les projets ne manquent pas !
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